Communistes : pas bon ! Ganz verbotten ! (Par pole renaissance communiste en France)

Le 19 septembre 2019, une résolution sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe a été votée. Elle a été largement adoptée par 539 voix pour, 66 contre et 52 abstentions par les eurodéputés de divers bords, du Parti populaire européen aux Verts, en passant par les social-démocrates, le groupe de centre droit Renew Europe, l’extrême droite. Je vous livre ci-dessous les quelques articles.

  • Considérant que 2019 marque le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, qui a causé des souffrances humaines d’une ampleur sans précédent et conduit à l’occupation de pays européens pendant de nombreuses décennies ;
  • considérant qu’il y a quatre-vingts ans, le 23 août 1939, l’Union soviétique communiste et l’Allemagne nazie ont signé un pacte de non-agression, connu sous le nom de pacte germano-soviétique ou pacte Molotov-Ribbentrop, dont les protocoles secrets partageaient l’Europe et les territoires d’États indépendants entre les deux régimes totalitaires selon des sphères d’influence, ouvrant la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ;
  • considérant que si les crimes du régime nazi ont été jugés et punis lors du procès de Nuremberg, il reste urgent de sensibiliser l’opinion publique, de dresser un bilan moral de cette période et de mener des enquêtes judiciaires sur les crimes du stalinisme et d’autres dictatures ;
  • considérant que, dans certains États membres, la loi interdit les idéologies communiste ou nazie ;
  • considérant que la commémoration des victimes des régimes totalitaires, la reconnaissance et la prise de conscience des séquelles, communes à toute l’Europe, laissées par les crimes commis par les dictatures communistes, nazie et autres revêtent une importance cruciale pour maintenir l’unité de l’Europe et de ses peuples et construire une Europe à même de résister aux menaces extérieures contemporaines ;
  • demande à tous les États membres de l’Union de procéder à une évaluation claire et fondée sur les principes en ce qui concerne les crimes et actes d’agression commis par les régimes communistes totalitaires et le régime nazi ;
  • demande à tous les États membres de célébrer le 23 août, Journée européenne de commémoration des victimes des régimes totalitaires, tant au niveau de l’Union qu’au niveau national, et de sensibiliser la jeune génération à ces problématiques en incorporant, dans les programmes et manuels scolaires de toutes les écoles dans l’Union européenne, l’histoire des régimes totalitaires et l’analyse des séquelles qu’ils ont laissées ;
  • fait observer qu’en adhérant à l’Union européenne et à l’Otan, les pays d’Europe centrale et orientale ont non seulement pu retourner dans le giron de l’Europe libre et démocratique, mais ont aussi réussi, avec l’aide de l’Union européenne, à mettre en œuvre des réformes et à entrer dans une dynamique de développement socio-économique ;
  • souligne toutefois que la possibilité d’adhérer à l’Union devrait demeurer ouverte à d’autres pays européens, comme le dispose l’article 49 du traité sur l’Union européenne.

Par ce texte que vous trouverez facilement dans son intégralité sur l’Internet et que je vous conseille de lire en entier, les députés européens ont entrepris d’écrire une histoire officielle en menaçant tous ceux qui, historiens de profession ou comme moi simples militants communistes depuis quelques décennies, voudraient d’une façon ou d’une autre la contester. Pour une fois, tous les communistes et tous les intellectuels qui se respectent se sont peu ou prou insurgés contre cette résolution et ses grossiers raccourcis, mais le silence de la presse est quasiment assourdissant sur le sujet !

La Tribune libre de Belgique publie un texte salutaire d’académiques (sic), d’intellectuels et d’artistes qui prend la mesure de la menace qui pèse sur la liberté de penser, sur la liberté de la recherche scientifique historique. Il y est écrit : « La résolution assimilant les régimes communiste et nazi, votée par une grande majorité des députés européens, interpelle. Les historiens doivent pouvoir poursuivre leurs recherches à l’abri de toute intimidation politique. »

Le texte a été voté, faut-il le répéter, par les députés socialistes, écologistes, de droite (comme ceux de La République en marche) et d’extrême droite (comme les députés du Rassemblement national de Marine Le Pen). Il ne va pas m’être possible de l’analyser dans son ensemble. Je vais m’en tenir aux deux premières « vérités révélées ».

  • C’est le pacte de non-agression du 23 août 1939 qui est responsable du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et de ses millions de morts. La responsabilité est partagée entre Hitler et Staline et eux, uniquement eux !
  • Par ce pacte, Hitler et Staline avaient décidé de se partager l’Europe.
  • On peut et doit mettre un terme d’égalité entre les deux régimes totalitaires communiste et nazi. Ils sont tout aussi condamnables l’un comme l’autre et la Russie actuelle s’obstine de son côté à nier les faits.

Silence total sur les régimes fascistes italien et espagnol…

Le 26 septembre 2019, le directeur de L’Humanité, Patrick Le Hyaric, s’insurge : « Le Parlement européen a voté il y a quelques jours une résolution scélérate censée souligner “l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe”. En réalité, cette mémoire est bafouée ligne par ligne, laissant présager un “avenir” sombre pour l’Europe. Visant à mettre un trait d’égalité entre communisme et nazisme, ce texte mobilise des considérants qui sont chacun des modèles de propagande et de révisionnisme historique.

La signature du pacte germano-soviétique est ainsi obsessionnellement désignée comme cause principale du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ce grossier raccourci historique permet d’absoudre cyniquement aussi bien le national-socialisme, son idéologie de mort et les régimes fascistes des années 1930 que l’atermoiement meurtrier et parfois connivent des chancelleries occidentales avec le nazisme, et la complicité active de puissances d’argent avec les régimes fascistes et nazi. »

Je vais faire ci-dessous une approche circonstanciée de ce qui a conduit fatalement au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, je ne pourrai faire une liste exhaustive de toutes les causes et mon approche pourra être également critiquable en raison de mes lacunes personnelles, des documents que je n’ai pas en main et du temps et de la place qui me sont impartis… Les historiens ont encore (si la Commission européenne le leur permet) beaucoup de travail pour démêler complètement l’écheveau qui a conduit à la mort de plus de 50 millions d’individus dans cette abominable boucherie… L’ensemble des archives n’a pas encore été ouvert alors que, au bout de cinquante ans, cela devrait être le cas.

Le traité de Versailles

Après quatre années de guerre, la guerre la plus meurtrière jusque-là de l’histoire de l’humanité, l’armistice est signé le 11 novembre 1918 entre les belligérants et un traité de « paix » suit, le 28 juin 1919, au château de Versailles, là-même où, après la guerre de 1870 (le 18 janvier 1871) entre la France et la Prusse, fut proclamé l’empire allemand. Ce traité revanchard a été voulu, en particulier, par Clemenceau pour humilier l’Allemagne. Ses conditions étaient drastiques, c’est le moins qu’on puisse dire. Jugeons-en : reconnaissant sa responsabilité dans le conflit, l’Allemagne perd 68 000 kilomètres carrés de son territoire, dont l’Alsace et la Lorraine annexées en 1870, et 8 millions d’habitants. Une partie de la Prusse orientale est démantelée au profit de la Pologne qui gagne un accès à la mer par le fameux « Corridor de Dantzig ». L’Allemagne doit verser 20 milliards de marks-or au titre des réparations réclamées par la France. Elle perd l’essentiel de son minerai et de sa production agricole. Ses colonies lui sont confisquées.

De nombreuses mesures sont prises pour limiter le pouvoir militaire de l’Allemagne et protéger ainsi les États voisins. Les clauses militaires forment la cinquième partie du traité :

L’Allemagne doit livrer 5 000 canons, 25 000 avions, ses quelques blindés et toute sa flotte (qui se sabordera dans la baie écossaise de Scapa Flow) ;

son réarmement est strictement limité ; elle n’a plus droit aux blindés, à l’artillerie et à ses forces aériennes.

1. Son armée est limitée à un effectif de 100 000 hommes et le service militaire est aboli. Contre l’avis de Foch, qui voulait limiter l’Allemagne à une armée de conscription à service court, LLoyd George, avec l’accord de Clemenceau, fera adopter le principe d’une armée professionnelle, qui permettra au général Hans von Seeckt de faire de la Reichwehr le cadre de la future Werhmacht.

2. La rive gauche du Rhin, plus CoblenceMayence et Cologne, sont démilitarisées.

À la suite de l’armistice de la Première Guerre mondiale, les forces de l’Entente occupent une partie du territoire allemand de fin 1918 jusqu’en 1930 et la France administre le territoire du bassin de la Sarre jusqu’en 1935.

On peut comparer ce lamentable traité avec les principes édictés par les bolcheviks dans le traité pour la paix après la révolution d’octobre 1917 : « La paix juste ou démocratique, dont a soif l’écrasante majorité des classes ouvrières et laborieuses, épuisées, harassées, martyrisées par la guerre, dans tous les pays belligérants la paix qu’exigent de la façon la plus résolue et la plus instante les ouvriers et les paysans russes depuis le renversement de la monarchie tsariste, cette paix, le gouvernement estime qu’elle ne peut être qu’une paix immédiate, sans annexions (c’est-à-dire sans mainmise sur les terres étrangères, sans rattachement par la force de nationalités étrangères) et sans contributions de guerre. »

On peut également se rendre à l’avis de plusieurs historiens qui ne sont en rien communistes. L’Allemagne humiliée, occupée, en partie ruinée (en partie car elle ne versera jamais les 20 milliards mais tout au plus 8) aspire à la revanche et notamment ses militaires, comme le caporal Hitler. Déjà, sous l’apparence de la paix, se prépare une nouvelle guerre. Je le dis fermement : Clemenceau, le « père la Victoire », est l’un des responsables les plus avérés du prochain conflit.

Un ennemi commun : le communisme.

« Le bolchevisme doit être étranglé dans son berceau »

Churchill

On ne m’en voudra pas de rappeler le premier paragraphe du Manifeste du parti communiste, de Marx et Engels, édité en janvier 1848 : « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le Pape et le Tzar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d’Allemagne. »

Après la révolution de 1917, ce spectre qui apparemment hante toujours nos députés européens en 2019 malgré l’effondrement des pays dits du « communisme réel », ce spectre donc, rassemble tous les pays capitalistes contre les bolcheviks et les pousse à intervenir dans le conflit qui oppose les armées blanches et rouges. Tchèques, Français, Britanniques, Grecs, Roumains, Américains, Japonais, Turcs et bientôt Allemands, le conflit à peine terminé, interviennent sur le terrain. La France y est omniprésente, elle qui pense être la puissance militaire hégémonique. Elle se prend pour le « gendarme du monde » ! Le jeune officier de Gaulle participera lui-même à l’intervention. À Odessa, les marins français, sous la direction de Marty, se révoltent et, au bout du bout (1922), l’Armée rouge triomphera de tous les obstacles, mais l’on peut comprendre que les communistes russes n’aient pas une confiance absolue envers les démocraties occidentales… Surtout que les communistes finlandais seront victimes d’une répression sans précédent, appelée « terreur blanche », qui fera 8 400 morts et 85 000 arrestations en 1918.

L’accession d’Hitler au pouvoir

La question est souvent posée : comment un peintre raté, caporal pendant la Première Guerre mondiale, a pu pour finir prendre le pouvoir en Allemagne et imposer le NSDAP, le Parti national-socialiste des travailleurs allemands ?

En 1919, la révolution spartakiste et écrasée : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassinés et la république de Weimar (jusqu’en 1933) est proclamée avec, à sa tête, le président Ebert, puis, à la mort de ce dernier, Paul Hindenburg. Selon l’historien britannique Ian Kershaw, Hitler a été recruté au mois de mai 1919 par le capitaine Mayr pour surveiller les révolutionnaires éventuellement dangereux. « C’est comme infiltré de l’armée que Hitler prend sa carte du futur parti nazi. Il continuera d’émarger à la section de renseignement pendant six mois, jusqu’en mars 1920, le temps de s’imposer comme l’orateur vedette du parti dans les brasseries munichoises. Le capitaine Mayr fut donc, dans l’ombre, l’un des “accoucheurs” de la carrière politique de Hitler » (entretien de Ian Kershaw dans L’Obs le 28 juillet 2013).

La bourgeoisie allemande et tous les grands patrons allemands choisissent Hitler, car ils ont besoin d’un orateur de talent, parlant le langage du peuple et lui-même issu du peuple. Hitler devient leur homme… Il n’est pas parvenu au pouvoir par les urnes. Jusqu’en 1928, soit cinq ans avant son accession au pouvoir, le parti nazi est insignifiant, avec environ 2,6 % des voix aux élections de 1928. En 1932, il devient le premier parti (33,1 % en novembre) mais il est loin de la majorité absolue. Après l’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, attribué à un maçon communiste hollandais apparemment déséquilibré (sic !), en mars, les nazis obtiennent 43 % des suffrages… mais on peut penser avec d’autres historiens que c’est Goering qui a fomenté l’affaire qui permet d’arrêter 4 000 militants communistes et d’ouvrir le premier camp de prisonniers politiques le 23 mars 1933 à Dachau, près de Munich. Comme écrivait le pasteur Martin Niemöller (1892-1984) : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste… » La suite est connue !

Ce sont les patrons allemands qui ont imposé à Hindenburg de choisir Hitler comme chancelier malgré ses réticences. Dès le 23 mars, la nouvelle assemblée se voit soumettre un décret qui donne au chancelier le droit de gouverner et de légiférer à sa guise pendant quatre ans, sans l’accord des députés ! Le Centre catholique, le Zentrum, vote le décret contre la promesse qu’Hitler respecterait le droit de veto du président von Hindenburg ! La dictature est en place et le Troisième Reich, prévu pour durer mille ans, commence l’année suivante, le 2 août 1934, après la mort d’Hindenburg. C’est l’aboutissement de la vision nazie de l’État : Ein Volk, ein Reich, ein Führer (« Un peuple, un État, un guide »). C’est le début de la mise en œuvre du monstrueux projet de Mein Kampf, qu’Hitler avait écrit en prison après son coup d’État manqué de la Brasserie.

Les résultats électoraux du parti nazi ne sont pas le fruit du hasard. C’est le 20 février 1933, à Berlin, que se tient une réunion secrète entre les dirigeants des grandes entreprises allemandes et Adolf Hitler. Sont présents les grands patrons allemands de l’industrie qui financent depuis au moins 1931 les campagnes électorales des nazis : BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken… Et pendant la guerre, les industriels allemands (voir Audi) n’hésiteront pas à utiliser la main-d’œuvre gratuite des camps de concentration pour s’enrichir.

La crise économique de l’Allemagne après la guerre voit une inflation tellement galopante que les travailleurs allemands se précipitent pour acheter leur pain le matin, car son prix peut avoir doublé ou triplé le soir même. La crise boursière qui s’est déclenchée aux États-Unis en 1929 n’a pas amélioré la situation et le chômage atteint des records. Cela non plus n’est pas anodin. Cette crise mondiale atteint l’ensemble des pays capitalistes et n’est pas étrangère à la montée du fascisme en Europe. C’est également une des principales causes de la guerre !

Contenu de Mein Kampf

Mein Kampf (« mon combat ») est un manifeste politique qui définit le programme nazi voulu par son auteur. Cette lecture engendre immédiatement un profond dégoût. À partir de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, il en fut distribué un exemplaire à chaque couple lors des mariages et chaque dignitaire du régime devait en posséder un… Un foyer allemand sur deux en avait un en sa possession, soit 10 millions d’exemplaires. L’extermination des juifs, des Tsiganes, est programmée au nom de théories raciales (la race supérieure), celle des handicapés également en raison de l’eugénisme. La nouvelle cartographie de l’Europe avec le pangermanisme, l’espace vital vers l’est… la théorie selon laquelle les Slaves (Polonais, Russes…) sont des sous-hommes ! Tout le monde doit savoir à quoi s’en tenir !

Aucun dirigeant ne pouvait ignorer le projet monstrueux et les soviétiques ne pouvaient ignorer que le pire ennemi des nazis, c’était le communisme, qu’ils s’étaient jurer d’éradiquer ! La France était aussi désignée comme la nation à détruire… mais, en France, certains préféraient Hitler au Front populaire ! Ce qui explique que tant et tant ont collaboré pendant l’Occupation… pendant que les communistes se faisaient fusiller et sauvaient l’honneur de la France. Avec d’autres patriotes, je ne veux pas le passer sous silence.

On peut aussi s’étonner que la Wehrmacht, l’armée allemande née le 21 mai 1935 en succession de la défunte Reichswehr, ait pu prospérer au point de devenir la première armée du monde en un temps record alors que le traité de Versailles limitait drastiquement les possibilités théoriques de l’Allemagne vaincue, comme on a pu le lire précédemment. Ce ne sont pourtant pas les défilés militaires qui manquaient, avec chars et avions de combat. Ignorait-on le massacre de Guernica où la Luftwaffe avait pilonné un marché, faisant des centaines de morts ? Il n’y a pas pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir – on s’en rendra compte aussi quand la SDN visitait les camps d’extermination : RAS ! Mais ni l’Angleterre ni la France ne votèrent les crédits de guerre nécessaires pour faire face. On préférait, côté français, se barricader derrière l’infranchissable ligne Maginot. On connaît la suite : la blitzkrieg de 1940… Comment peut-on qualifier une telle attitude ? Haute trahison ?

La guerre d’Espagne et la trahison du couple franco-anglais

On connaît l’histoire : au moment même où le Front populaire gagne les élections de 1936, en Espagne surgit le « Frente popular ». Le général Franco débarque en Andalousie avec des troupes marocaines et déclare un pronunciamiento. C’est le début de la guerre d’Espagne. En toute logique, les démocraties auraient dû défendre le gouvernement républicain démocratiquement élu. La France, avec son gouvernement Blum, issu de la victoire du Front populaire, aurait dû prêter main-forte à un gouvernement ami… Mais ce ne fut pas le cas et Blum se plia au principe de non-intervention voulu par l’Angleterre. Les brigades internationales durent plier bagage et rendre les armes, applaudies par Dolores Ibarruri, la Pasionaria communiste. Cependant, les fascistes italiens, guidés par le Duce Mussolini et les Allemands, ne se gênaient pas pour intervenir sur le terrain. Le résultat de cette trahison honteuse, on le connaît : la République espagnole sacrifiée avec la victoire du dictateur et Pétain décoré de la francisque ! La France reconnaît officiellement le gouvernement de Franco le 24 février 1939. Seule l’URSS apportera jusqu’au bout son soutien aux républicains. Seuls les communistes français organiseront tant bien que mal l’acheminement d’armes aux combattants de l’Espagne libre. Plus tard, les milliers de réfugiés républicains enfermés dans des camps (Argelès-sur-Mer par exemple) seront livrés aux Allemands !

Les démocraties ont trahi l’Espagne et elles ne s’arrêteront pas en si bon chemin : les accords de Munich

Conformément à son programme, le 12 mars 1938, les troupes allemandes pénètrent en Autriche afin de réaliser l’annexion du territoire autrichien au sein d’une Grande Allemagne : c’est l’Anschluss. Le chancelier autrichien est contraint à la capitulation. Hitler est accueilli triomphalement à Vienne. Personne ne bouge parmi les démocraties occidentales. Hitler décide de faire main-basse sur la partie de la Tchécoslovaquie où vit une minorité allemande, les Sudètes. Depuis des années, l’Union soviétique essaie de créer une alliance avec la France et l’Angleterre mais le gouvernement anglais s’y refuse, préférant composer avec Hitler par l’entremise de Mussolini. Depuis le printemps 1938 et la menace que les nazis faisaient peser sur la Tchécoslovaquie, l’URSS demandait un passage à la Pologne pour que ses troupes puissent lui venir en aide, mais la Pologne y opposait un refus catégorique : « Les Polonais considèrent les Russes comme des ennemis […]. Ils s’opposeront, par la force s’il le faut, à toute entrée des Russes sur leur territoire et même à tout survol de la Pologne par des avions russes. »

Chamberlain pour l’Angleterre et Daladier pour la France vont signer, le 30 septembre 1938, les accords de Munich avec l’Allemagne nazie et l’Italie représentée par Hitler et Mussolini. Ainsi l’annexion de la Tchécoslovaquie est entérinée. Les Alliés prétendent avoir sauvé la paix ! Churchill n’est pas de cet avis : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Quand Daladier est accueilli triomphalement au Bourget, il marmonne à sa sortie d’avion : « Ah, les cons ! »

Le Pacte de non-agression germano-soviétique

Churchill écrit dans ses mémoires que « l’offre des Soviétiques fut ignorée dans les faits. Ils ne furent pas consultés face à la menace hitlérienne et furent traités avec une indifférence, pour ne pas dire un dédain, qui marqua l’esprit de Staline. Les événements se déroulèrent comme si la Russie soviétique n’existait pas. Nous avons après-coup terriblement payé pour cela. »

Les historiens ont des interprétations différentes pour expliquer la signature du pacte. Il est évident que les Allemands, tôt ou tard, avaient décidé d’attaquer l’URSS car c’était dans la logique d’éradication du communisme contenu dans Mein Kampf et voulu par ceux qui apportaient l’argent, nerf de la guerre, les patrons allemands, mais, comme le capital est international, également des trusts comme Ford ou General Motors… Toutes les tentatives de créer une alliance anti-fascistes proposées par l’URSS n’avaient pas abouti alors que des accords anglo-allemands et franco-allemands étaient signés… La perspective de se retrouver seul face à la puissance allemande inquiétait Molotov (celui qui signera le pacte côté soviétique) et il savait que l’Armée rouge n’était pas prête, car le stalinisme avait fait enfermer une grande partie de ses chefs stratèges… Il prévoyait que l’Allemagne attaquerait l’URSS mais pas avant un ou deux ans… Il voulait gagner du temps.

L’historien soviétique Roy Medvedev juge, dans un livre par ailleurs critique à l’égard du stalinisme, que le Pacte germano-soviétique ne doit pas être ajouté à la liste des crimes et des erreurs de Staline : il pense en effet que « le gouvernement soviétique se trouva obligé de signer ce pacte parce que l’Angleterre et la France favorisaient le fascisme allemand et empêchaient l’aboutissement des négociations qui devaient sceller un pacte d’assistance mutuelle avec l’URSS ». Pour Medvedev, les politiques française et britannique, en permettant le réarmement et le renforcement de l’Allemagne nazie « dans l’espoir que cette force se retournerait contre le bolchevisme », ont « obligé » l’URSS « à se protéger en mettant à profit les conflits qui opposaient les États impérialistes ».

On peut effectivement reprocher cet accord aux dirigeants de l’URSS car il prévoyait des clauses secrètes comme le partage de la Pologne, la Pologne orientale redevenant russe, Staline ayant saisi l’occasion pour rendre à la Russie, devenue soviétique, les territoires arrachés par la force à la Russie lors du traité de Brest-Litovsk, puis lors de l’agression militaire de la Pologne militariste devenue indépendante contre la Russie rouge. D’ailleurs, le pacte fut signé de 23 août et, dès le 26, les Allemands envahissaient le territoire polonais contraignant la France et l’Angleterre à déclarer la guerre le 1er septembre… sans la mener en réalité… La drôle de guerre commençait.

Même s’il est difficile pour un communiste de l’époque d’accepter le pacte, le gros du parti n’a pas moufté et a compris la triste nécessité du pacte : Staline n’avait pas le choix, d’autant que son obsession, justifiée, était de briser le « Pacte Anti-Komintern » Hitler/Staline/Mikado qui eût permis d’attaquer l’URSS sur deux fronts, occidental et japonais : or le Pacte a, de fait, brisé le Pacte anti-Kominterm. Plusieurs communistes français, cependant, le refusèrent, dont un tiers des 72 députés du PCF, le plus important parti communiste européen avec ses 270 000 adhérents. A cette époque, particulièrement difficile, la consigne était que la guerre avec l’Allemagne était une guerre impérialiste des deux côtés. D’une certaine façon, l’attaque sans déclaration de guerre préalable par les troupes nazies de juin 1941, fut un soulagement pour tous les communistes et, après la bataille de Moscou qui arrêta nette la percée hitlérienne, l’espoir se fit jour à nouveau sous le ciel gris des bottes au pas de l’oie !

En France, la signature du pacte eut pour principale conséquence l’interdiction du journal l’Humanité qui entre dans la clandestinité jusqu’à la fin de la guerre, la dissolution du PCF en septembre 1939 tandis que les députés, membres du groupe ouvrier et paysan français (groupe communiste reconstitué), qui n’ont pas condamné le Pacte Molotov-Ribbentrop, sont déchus de leur mandat le 21 janvier 1940 et condamnés, le 3 avril 1940, à 4 ans de prison avec sursis ou 5 ans de prison ferme et à 5 ans de privation de leurs droits civiques et civils. Le 10 juin 1940, la même chambre qui avait été élue en 1936 – amputée des députés communistes – votent les pleins pouvoirs à Pétain, le fusilleur de la grande Guerre, le boucher du Rif que Macron a voulu honorer lors des dernières commémorations à l’occasion du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918…  L’État français est aussitôt promulgué liberticide, raciste, antisémite… les collabos ont le vent en poupe !

L’énorme sacrifice des peuples soviétiques, peuple russe en tête, pour la patrie et le socialisme…

Comme il était totalement prévisible, la guerre entre l’Allemagne et l’URSS était inévitable tant le « pacte » était circonstanciel et opposait en réalité des régimes de nature sociale totalement antagonique… Sans déclaration de guerre, Hitler lance ses troupes avec la consigne de ne pas faire de quartiers !

« L’armée allemande envahit l’Union soviétique le 22 juin 1941. Une bataille monumentale s’engage sur 1000 km de profondeur jusqu’aux portes de Moscou, quand l’hiver russe stoppe la percée nazie. En 200 jours, ces monstrueux combats vont provoquer la mort de cinq millions de personnes, en majorité des militaires et des civils soviétiques. Sur ce front de l’Est, mille êtres humains sont tués chaque heure, nuit et jour.

Cette nouvelle campagne de Russie devient ainsi la plus sanglante confrontation de l’histoire de l’humanité, une “guerre absolue”, comme le précise le sous-titre du livre. Elle broie les corps des soldats. Pêle-mêle aussi, les habitants de Leningrad meurent par dizaines de milliers dans leur ville assiégée, des communautés juives entières sont assassinées par balles dans les ravins et fossés antichars et la masse des prisonniers de guerres soviétiques périssent d’inanition à même le sol, sur la terre désolée de 200 camps à ciel ouvert, le long de la ligne de front. » « Barbarossa, 1941, la guerre absolue » de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri : l’incroyable récit d’une barbarie inédite.

Comme beaucoup de communistes, j’ai lu aussi le récit de Constantin Simonov, « les vivants et les morts » qui, dans son dernier volume « le dernier été » raconte la contre offensive de l’armée rouge qui la conduisit irrésistiblement à Berlin en 1945 où l’Allemagne nazie dut capituler sans condition. Au total, l’URSS a perdu 25 millions de ses enfants, des milliers d’Oradour sur Glane ont été perpétrés par les criminels nazis… Comme l’a déclaré en 1945, à l’occasion du premier traité d’amitié franco-soviétique, le Général De Gaulle qu’on ne peut soupçonner de sympathie communiste  :

« Les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération » !

De Gaulle

Quant aux communistes, à travers toute l’Europe occupée, ils se sont battus pour la liberté car « jamais un peuple esclave ne sera un peuple libre ! », comme l’avait écrit l’appel clandestin Thorez-Duclos du 10 juillet 1940 peu après que fut paru l’appel-tract de Charles Tillon, membre du bureau politique du PCF clandestin, le 17 juin 1940. Dès le mois de juin 1941, le Nord-Pas-de-Calais minier était paralysé par une immense grève patriotique dirigée par des militants clandestins du PCF et de la CGT dont les centaines de noms figurent sur les murs de la Citadelle d’Arras, où ils furent fusillés en masse.

Le combat pour la liberté contre la bête immonde fait lever partout en Europe les communistes comme dans l’exemple édifiant de la future Yougoslavie qui s’est libérée grâce à ses propres forces, mais aussi en Italie où le régime fasciste était particulièrement impitoyable. Des milliers de communistes ont laissé leur peau dans les combats, face aux pelotons d’exécution ou dans les camps de la mort des nazis avec leurs frères juifs ou tsiganes. « Ils ont crié la France en s’abattant ! », écrit Louis Aragon dans le poème célèbre « l’affiche rouge » : sera-t-il bientôt censuré dans les écoles comme écrivain et poète communiste ? Comme Eluard et tant d’autres ? 

Pas plus tard que la semaine dernière, le samedi 19 et dimanche 20 octobre 2019, un vibrant hommage a été rendu aux 27 otages fusillésà lacarrière des fusillés de Châteaubriant en Loire-Atlantique, presque tous communistes ! Va-t-on aussi réécrire l’histoire pour eux ? Va-t-on interdire les drapeaux rouges et les emblèmes communistes dans toute l’Union Européenne ? Interdire de se dire communiste, marxiste ? C’est ce que suggèrent nos euros-députés qui se réjouissent que ce soit déjà le cas dans certains pays membres de l’UE… par contre, pas de problème pour soutenir les milices fascisantes d’Ukraine qui se font photographier bras droit tendu avec en arrière plan une croix gammée !

Honte aux députés européens qui ont écrit ou voté ce texte. Ils devraient méditer la remarque de l’écrivain antifasciste Thomas Mann :

« placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d’être démocrates, en vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes ; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu’en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme ! »

Thomas Mann

Une tribune parue originellement dans le journal Informations Ouvrières

Par pole de renaissance communiste en France : lien de l’article

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