Débat : quelques réflexions sur la question migratoire, par Daniel Vives Simorra ! « – Migrations » : pour une position internationaliste responsable (Par Pole de Rennaissance Communiste en France)

Pour tenter d’étouffer la colère populaire, pour renforcer son seul argument électoral – le RN des Le Pen – le régime Macron décide de jeter de l’huile sur le feu des polémiques sur la question migratoire. Notre camarade Daniel Vives Simorra propose ci-après une tribune donnant quelques éléments de réflexions communistes sur la question migratoire.

On relira également avec intérêt les analyses, positions et propositions du PRCF exprimées dans la motion adoptée il y a un peu plus d’un an par le PRCF.


Réflexions sur la question migratoire – par Daniel Vives Simorra

I. Pour un militant franchement communiste, il ne fait aucun doute que l’impérialisme US et ses satellites européens organisent le pillage des pays dits « les moins avancés ». En quoi ils sont la cause majeure des flux migratoires qui s’amplifient de jour en jour avec leurs cortèges de drames et de misère.

Leurs extorsions prennent diverses formes parmi lesquelles on retiendra : 

– les rapines des multinationales occidentales qui saignent à blanc les économies de ces régions, qu’il s’agisse de l’Afrique, de l’Amérique Latine ou de l’Asie ou même de pays qui formaient partie de l’ancien “bloc de l’est”. Le grand capital impérialiste dispose pour cela de nombreuses armes : système de la dette, pressions du FMI et de la Banque mondiale qui poussent à l’exploitation effrénée des main-d’œuvre locales, aggravée par des privatisations tous azimuts.

– l’avidité de ces mêmes multinationales à s’emparer des ressources naturelles renfermées dans ces territoires – une voracité qui est d’ailleurs couramment à l’origine de l’effondrement écologique que connaissent plusieurs d’entre eux (ravages mondiaux dus aux grands groupes de l’agro-business : Monsanto, Cargill, Hybro Genetics, Nestlé…).

– les tentatives incessantes des gouvernements impérialistes (USA appuyés par leurs satellites : Canada, UE, …) pour mettre la main sur la totalité des ressources énergétiques mondiales y compris par des moyens militaires (voir les agressions et les menaces continuelles contre le Venezuela où se situent les premières réserves pétrolières du monde)

– plus spécifiquement :

– en ce qui concerne le gouvernement français, l’imposition du franc CFA – cette « monnaie coloniale, servile et prédatrice » (Saïd Bouamama) – dans ses anciennes colonies d’Afrique Centrale et de l’ouest ainsi que le néo-colonialisme de la « France-Afrique », déclarée obsolète et, néanmoins, sans cesse réactivée par les politiciens de droite comme de gauche (Mali, Tchad, Burkina Fasso, Côte d’Ivoire et plus généralement l’ensemble de la zone du Sahel),

– pour ce qui est de l’Allemagne, l’ouverture des frontières en 2014-2015 à plusieurs centaines de milliers de migrants par la chancelière Merkel – une prétendue “mère courage”, comme aiment à le répéter la fausse gauche et les médias serviles de France et de Navarre, lesquels se gardent bien de rappeler le rôle essentiel qu’elle a joué dans les diktats de l’UE qui ont clochardisé la Grèce à la même époque. En réalité, la décision qui a permis cet afflux de migrants, répondait aux exigences du patronat allemand. Ulrich Grillo, président de la Fédération allemande de l’Industrie, s’abritant sous un devoir de charité chrétienne (« eine Frage der christlichen Nächstenliebe »), a cyniquement explicité les raisons profondes de ce choix lors d’une interview accordée en janvier 2015 à la station radiophonique Deutschlandfunk. Étant donné le contexte démographique (« dem demografischen Hintergrund »), c.-à-d. le vieillissement de la population, il est vital selon Grillo que le capitalisme allemand puisse se fournir en main-d’œuvre étrangère qualifiée (« qualifizierte Zuwanderung »). Arguant de cette évolution démographique du pays et passant sous silence que ces travailleurs sont et seront inévitablement exploités et sous-payés, Grillo se réjouit de l’afflux massif de réfugiés nécessaires pour assurer la « croissance » (« Das Wachstum ») du pays – lire : la prospérité de la classe dirigeante (https://www.deutschlandfunk.de/bdi-chef-grillo-wir-brauchen-zuwanderung.868.de.html?dram:article_id=308355).

Sur toutes ces questions, les récentes prises de positions de Sahra Wagenknecht (Die Linke) – singulièrement sa critique des soi-disant bienfaits économiques du « sans-frontiérisme » migratoire dont le grand capital et la pseudo-gauche ralliée au néo-libéralisme chantent les louanges – méritent d’être discutées, éventuellement critiquées sur tel ou tel point. En revanche, elles ne doivent ni être vilipendées ni caricaturées sous les traits “rouge-bruns” d’une “gauche radicale anti-migrants” qui se mettrait à la remarque de l’extrême droite comme le voudrait des médias qui ne cessent de faire la promotion de l’ordre capitaliste : Le Monde, Libération, HuffPost, … – tous, bien sûr, “défenseurs” bien connus de solutions altruistes en matière de problèmes humanitaires !

II. L’accaparement de travailleurs migrants qualifiés par le patronat allemand n’est que l’un des exemples de cette forme de brigandage intellectuel que pratique le grand capital au détriment des plusieurs nations non occidentales (scientifiques, chercheurs, techniciens spécialistes, intellectuels, enseignants…). Encouragé par les gouvernements réactionnaires/ fascisants du monde dit « libre » – USA, UE, Canada, Australie…–, le hold-up des “cerveaux” devient monnaie courante, et ceci que le niveau de qualification soit haut ou moyen. Si la bataille pour le drain gain et le brain gain (drainage et gain des cerveaux) est une pratique courante au sein même du camp impérialiste, elle implique une perte beaucoup plus dommageable de capital humain pour les pays de départ souffrant d’un développement encore fort limité, d’autant que cet appauvrissement est rarement compensé par des mouvements de retour. Les personnes de ces pays possédant un niveau d’éducation supérieure sont en particulier la proie d’offres alléchantes qui bénéficient hélas de la complicité honteuse d’organismes de recherche et d’instances universitaires, nord-américaines ou européennes pour la plupart.

Les prétextes pour s’emparer de la “matière grise” d’autrui ne manquent pas : « ouverture à l’Autre », bienfaits intellectuels du « vivre ensemble » malgré l’exil, asile généreusement donné à des réfugiés mais à condition de posséder de hautes qualifications, souvent après diabolisation systématique de leurs gouvernements.

De pays entiers risquent ainsi d’être vidés d’une grande part de leurs forces vives. N’ayant plus qu’un accès très limité aux progrès technologiques, certains sont sur la voie d’être progressivement cantonnés à diverses formes d’assistanat que leur octroieront avec parcimonie les pays du « premier monde » mais dont la sphère médiocratique nous affirme qu’il serait du dernier mauvais goût de mettre en doute l’esprit charitable.

Pour compenser cette facette du phénomène migratoire que constitue la fuite organisée des cerveaux, l’impérialisme incite régulièrement les pays dits « les moins avancés (PMA)» – le poids des mots ! – à s’orienter vers des économies de « service » (tourisme principalement).

Pratiquées d’une manière exclusive et de plus en plus contrôlées par des multinationales étrangères qui s’adjugent un pourcentage très important des bénéfices obtenus en ne laissant que quelques miettes à des bourgeoisies compradores, ces activités ancillaires sont des dangers mortels pour la souveraineté, la culture, le patrimoine écologique des pays concernés. Dans bien des cas, l’économie dite de “service” fait sombrer les travailleurs locaux dans une économie de simple survivance. À quoi s’ajoutent de graves atteintes à leur dignité, au mépris des règles les plus élémentaires du droit international (tourisme sexuel et trafic d’organes, singulièrement en Asie du Sud-Est)

Malgré l’émergence des BRICS, la propagande « capitaliste-droit-de-l’hommisme » peut alors présenter la plupart de ces « PMA » sous un double jour :

– soit comme des paradis écologiques s’ils n’étaient contaminés par l’Homme –– tout court, avec un grand H. Unique responsable des changements climatiques et de la dégradation des écosystèmes, celui-ci serait contraint de fuir, victime de sa propre incurie,

– soit comme un enfer apocalyptique, où les mœurs, les us et coutumes, les pratiques religieuses (pays africains et pays d’Islam, en particulier) rendraient impossible la survie et même la vie tout court.

L’essor des mouvements migratoires reçoit ainsi des explications et même des justifications qui n’ont pour finalité que de disculper l’impérialisme.

Bien entendu cette peinture d’un éden ruiné par ses propres habitants que se plaisent à nous présenter divers mouvements écologiques, collapsologues, ou survivalistes passe régulièrement sous silence l’essentiel : les destructions qui résultent de guerres monstrueuses, de basse ou haute intensité, que dirigent les puissances impérialistes tantôt directement, tantôt en sous-main (cas par exemple de la Libye).

L’endoctrinement impérialiste qui ne cesse de dépeindre de vastes zones situées hors de l’orbite occidentale sous les traits de cloaques infréquentables est une forme d’« exterminisme » (G. Gastaud). Il vise en fait un but final : vider des vastes régions de leurs populations pour ouvrir de nouvelles «« terres vierges » aux appétits du grand capital. À terme, il s’agira de ne conserver que des réserves livrées à la curiosité malsaine de touristes nantis, des zoos humains voués exclusivement à l’archaïsme de maigres cultures vivrières, excluant par là tout début d’industrialisation (écologie rétrograde oblige).

III. Pour les communistes, lutter contre ces sauvageries de l’impérialisme est parfaitement compatible avec l’accueil fraternel des immigrés qui, en dépit qu’ils en aient, doivent quitter leurs terres natales pour les raisons politiques ou même économiques, telles que nous les avons précédemment exposées. Une exception cependant : le devoir internationaliste des communistes ne s’applique évidemment pas à des « pseudos réfugiés » qui n’ont d’autre ambition que d’exploiter leurs propres compatriotes ou qui sont affiliés à des organisations criminelles (mafias du Kosovo et d’Albanie, par exemple).

D’autre part, il convient aussi de prendre en compte ces migrants toujours oubliés d’un type particulier que l’extrême violence de l’état sioniste a impitoyablement chassés de leurs terres et qui se retrouvent exilés et même prisonniers dans leur propre pays (palestiniens de la bande de Gaza et de la Cisjordanie).

IV. Les militants authentiquement communistes ne peuvent se contenter d’une politique réformiste de type P“C”F qui offrirait aux flux migratoires des structures d’accueil honorables bien que provisoires, suivies de quelques “mesures d’accompagnement”. Il faut contraindre les gouvernements capitalistes à procéder à une régularisation massive des sans-papiers et exiger simultanément et inséparablement qu’ils leur donnent accès à de véritables emplois, rémunérés au même niveau que les travailleurs des pays d’accueil, avec les mêmes droits que ces derniers ont obtenus de longue lutte.

Inutile, bien entendu d’attendre le moindre geste allant dans ce sens de la part de l’UE et des organisations patronales (MEDEF…). C’est pourquoi la question essentielle de l’emploi des émigrés implique impérativement une rupture nette et définitive avec les “autorités” de Bruxelles. C’est la condition sine qua non pour mettre à l’ordre du jour un vaste programme de nationalisations et renationalisations, seules aptes à régler le problème du chômage tout en fournissant un vrai travail aux populations migrantes.

Depuis Marx on sait que tout dépend de qui détient détention des moyens de production. On sait aussi que le grand capital a toujours tablé sur une “armée de réserve de travailleurs” afin de « torpiller les acquis sociaux et les revenus salariaux » (G. Gastaud). Pour le patronat, des émigrés sans travail ou pourvus d’un emploi au rabais, comme en Allemagne, constituent une aubaine fort prisée. Il y a là un filon qui mène inéluctablement à faire pression sur les salaires des autres travailleurs dans l’espoir que s’installent des concurrences, voire même des scissions, au sein du monde du travail, qui se verrait ainsi incapable de lutter contre la rapacité de l’ordre capitaliste.

Ignorant sciemment ces impératifs, à commencer par la nécessité de déprivatiser les grands moyens de production et d’échange, les groupes politiques de droite et d’extrême droite – rejoints en cela par une gauche mutante (PS, EELV et P“C”F en France) qui ne conserve de “gauche” que le nom –, sont responsables en dernière analyse de la ghettoïsation croissante des nouveaux ou anciens arrivants d’origine étrangère.

Expulsés du monde du travail, nombre d’entre eux sont alors parqués dans des « no mans land » sociaux dégradés. De plus en plus, le traffic de produits stupéfiants qui se substitue à l’emploi risque de devenir un pis-aller qui assure la subsistance de la population du ghetto, la seule souvent disponible.

Au sein de cette armée industrielle de réserve, maintenue en quelque sorte en “stand-by”, émerge alors un lumpen prolétariat, certes minoritaire, mais dont les délinquances criminelles gangrènent le ghetto et favorisent le harcèlement policier (contrôles au faciès, détentions arbitraires, tracasseries administratives incessantes…).

Bien qu’il ne se soit pas encore généralisé, ce fléau est d’autant plus redoutable qu’il a tendance à frapper dans une double direction. Ses conséquences se feront d’abord sentir aux dépens de l’émigré/e nouvellement débarqué, soucieux de mener une vie que l’on qualifiera, pour faire vite, de normale – c’est heureusement le cas de la majorité. Ensuite, il tendra à susciter des réaction de rejet tant au sein des classes moyennes que chez certains salariés de base du pays d’« accueil ». Rejet savamment exploité par les forces fascisantes qui font du racisme la clé de voûte de leur action politique.

Lorsque le nouvel arrivant parvient à s’insérer, tant bien que mal, dans le « marché » du travail, il se voit illico livré au bon vouloir des Harpagons capitalistes, friands de main d’œuvre à très bas prix, taillable et corvéable à (voir en France la mobilisation des JRCF et du PRCF pour soutenir la récente grève des travailleurs émigrés sans papiers à Chronopost contre leurs salaires de misère, le non-paiement des heures supplémentaires etc. Voir de même en Allemagne les mini-jobs et autres petits boulots offerts en priorité aux migrants et payés entre 80 centimes et un euro de l’heure !)

V. La charité « Saint-Vincent-de-Paul » ne sera jamais une solution au problème migratoire. Les apitoiements de type religieux, « droit-de-l’hommisme ou « sans-frontiériste » n’aboutissent le plus souvent qu’à infantiliser les migrants – lesquels ne seraient que des enfants, des êtres faibles qu’il s’agirait de protéger, voire d’éduquer, parfois même de civiliser, sans presque jamais s’inquiéter de leur nécessaire accès au salariat.

Le misérabilisme compassionnel annihile leur conscience de classe et leur droit à se rebeller contre l’ordre bourgeois. Il les empêche de prendre leur juste place dans l’inéluctable réalité de la lutte des classes aux côtés des autres travailleurs. Le capitalisme dispose ainsi main-d’œuvre malléable, bon marché, dont il espère qu’elle abandonnera la lutte sociale. Dans ce domaine, quel que soit le désir de bien faire et le degré de sincérité, la « bienfaisance » – celle qui satisfait notamment les belles âmes des bobos bisnounours – servira toujours de caution, en dernier ressort, à cette énième exploitation de l’homme par l’homme.

VI. Surtout, il convient de ne pas être dupe des actions publicitaires en faveur des migrants que développent une foultitude d’ONG. Même s’il existe des exceptions on a dans bien des cas affaire à de « petites entreprises » qui jouent en fait le rôle d’alibis destinés à dédouaner la cause première des déplacements de populations : l’impérialisme, d’ailleurs rarement mentionné en ce domaine.

Assurément, on hésite à critiquer des organisations censées venir secourir des migrants sur le point de périr en mer ou de trouver la mort dans les déserts au nord du Río Bravo. Face à de tels drames, impossible de rester de marbre, comme le fait l’ignoble Matteo Salvini.

Impossible aussi de demeurer impassible devant l’inhumanité de l’administration trumpienne avec son mur de la honte, sa chasse aux latinos qui tentent de quitter leurs pays saccagés par les valets locaux de l’impérialisme, les dictatures militaires, les gouvernements d’extrême droite, le poids de la dette, la mainmise  sur leur l’économie par les grands groupes capitalistes nord-américains (cas prototypique de l’entreprise bananière Chiquita Brands International au Honduras ou au Guatemala, héritière de la tristement célèbre United Fruit Company …)

Reste que les opérations pour remédier à ces tragédies devraient être assumées et coordonnées sur une plus grande échelle par une collaboration multilatérale au niveau mondial. Or il n’en est rien. Malgré les efforts du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, l’aide à apporter aux populations qui parcourent les sentiers de l’exil fait de plus en plus l’objet de privatisations au bénéfice de certains groupes humanitaires qui agissent au coup par coup, en fonction de possibles résonnances médiatiques et avec des profits politiques qui se font rarement attendre. (Boat Refugee Foundation, Jugend Rettet, Lifeline Rescue Boat, Médecins Sans Frontières International, MOAS, Proactiva Open Arms, PROEM-AID, Save the Children, Sea Eye, Sea Watch, SOS Mediterranée, tous bénéficiaires du prix Sakharov décerné en 2018 par une Union Européenne qui occupe une place de choix aux banquets des pillards impérialistes !).

Usant et abusant de sincères dévouements individuels, la concurrence fait rage chez les dirigeants des ONGs ayant choisi de se spécialiser dans l’assistance et les secours maritimes à apporter aux migrants naufragés en Méditerranée. Encore une fois, on ne saurait sur ce point généraliser à l’extrême. Néanmoins, les étiquettes de « sauveteurs en mer » fournissent à un certain nombre de fieffés Tartuffes des labels de qualité fort convoités qui leur sont décernés par les principaux responsables de la crise migratoire. Comment s’en étonner puisque sous nombre de ces structures humanitaires se dissimile un charity business dont le financement est assuré via une multitude de banques, de multinationales et de fondations européennes et nord-américaines : l’Open Society de Georges Soros, la Rockefeller Brothers Fund, la Charles Stewart Mott Foundation pour Greenpeace, Goldman Sachs, Wells Fargo, Citigroup, Google, Microsoft, Bloomberg, Mitt Romney’s Bain Capital pour MSF et sa filiale S.O.S Méditerranée…

VII. En conclusion, une politique « franchement communiste » doit de doter d’un « programme minimum » qui n’admette aucune concession opportuniste sur tous ces points qui concernent la question des migrants, même si la seule perspective définitivement viable, à court, moyen ou long terme, doit être celle d’une révolution socialiste qui débarrassera le monde de la barbarie impérialiste et où les peuples pourront maîtriser leur destin, à commencer par celui de vivre et travailler en paix au pays.

Aucune concession non plus ne doit être faite aux positions plus qu’ambiguës de la fausse gauche sur tous ces sujets ni, a fortiori, au racisme ignoble du FN et des partis de droite.

Oui à la solidarité intégrale des classes populaires quelle que soit leur origine géographique, culturelle ou religieuse.

Oui au droit pour tous à la formation, à un emploi décent et aux conquêtes sociales obtenues en 1944 par le programme du Conseil National de la Résistance (sécurité sociale, retraites, code du travail etc…). Les nationalisations et les renationalisations ne sont pas faites pour les chiens !

Oui à des aides conséquentes qui rendent possible le retour au pays pour les émigrés qui le désirent librement. Elles sont justifiées par les profits qu’a engrangé le patronat depuis l’époque coloniale jusqu’à aujourd’hui. Le MEDEF peut et doit payer !

Oui à un travail pédagogique patient auprès des travailleurs autochtones ciblés, hélas parfois avec succès, par des campagnes racistes et fascistes alors qu’eux-mêmes subissent la même exploitation capitaliste que les migrants.

Il est indispensable de ne pas laisser le champ libre à une élite prétendument éclairée qui aime à se pencher sur une plèbe qu’elle qualifie tour à tour d’ignorante, haineuse, incompétente, complotiste, rancunière, intolérante : un troupeau d’ânes obnubilé par la couleur de l’Autre et qui aurait bien besoin de recevoir quelques bonnes leçons de comportement « démocratique » y compris à coups de bâtons.

Au demeurant, cette construction d’une classe paysanne ou salariale (ouvriers, employés, retraités à bas revenus…) qui ferait de l’émigration sa première préoccupation est une leçon largement factice que les médias, les macroniens, la droite, la fausse gauche, l’UE ou le petit monde “écolo-droit-de-l’hommisme” nous baillent sans trêve. On sait, par exemple, qu’elle n’a presque jamais figuré au programme des récentes manifestations des Gilets Jaunes

« Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !».

Par pole de renaissance communiste en France : lien de l’article

« Migrations » : pour une position internationaliste responsable

« On la trouvait plutôt jolie, / Lili, / Elle arrivait des Somalis, /Lili, / Dans un bateau plein d’émigrés / Qui venaient tous « de leur plein gré »… / Vider les poubelles à Paris ». Pierre Perret

MOTION du secrétariat national du PRCF – 12 septembre 2018


De récentes prises de position de personnalités de la gauche allemande comme Sarah Wagenknecht, députée de Die Linke, ex-animatrice de la Plate-forme communiste du PDS, ou de la gauche populaire française[1] ont relancé les débats sur ce que doit être un positionnement progressiste sur la question des migrations. Le PRCF s’est maintes fois prononcé sur ce sujet, notamment dans son programme Pour de nouveaux Jours heureux adopté lors de la 3ème conférence nationale du Pôle (cf notamment la page 20 de la brochure publiée à cet effet) en faisant des propositions concrètes, internationalistes et immédiatement applicables. La philosophie qui inspire notre positionnement sur ce sujet a été précisée notamment dans une partie du texte de G. Gastaud, secrétaire national du Pôle, intitulé Le PRCF et les questions « sociétales » (https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/quelques-reflexions-preliminaires-les-questions-societales-g-gastaud/ ), repris dans la revue théorique du PRCF, Etincelles.

Concernant les migrations actuelles vers l’Europe, les militants communistes qui s’inspire du marxisme-léninisme rejettent fermement deux positionnements symétriques qui marquent tous deux une perte des repères de classe prolétariens et qui comportent un alignement dangereux sur des positions bourgeoises ou petite-bourgeoises qui font le jeu de l’exploitation capitaliste tout en poussant les feux de la fascisation.

1 – Il faut défendre les travailleurs contre les attaques xénophobes, racistes et nationalistes : l’ennemi des peuples n’est pas le travailleur immigré, mais le capitalisme !

Bien évidemment, il faut combattre sans merci les positions xénophobes, racistes et nationalistes qui font du travailleur immigré en général et du « migrant » en particulier, surtout lorsqu’il vient du Proche-Orient, du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne, le bouc émissaire des innombrables tragédies que provoquent le capitalisme-impérialisme et, plus particulièrement, sa « construction » euro-atlantique supranationale, belliciste et néolibérale. Emmené par Trump à l’échelle mondiale, impulsé par le clan Le Pen suivi par L. Wauquiez à l’échelle hexagonale, le camp xénophobe invite à chasser un maximum d’immigrés, notamment les travailleurs sans-papiers, à verrouiller les frontières françaises et/ou européennes aux personnes venant d’Afrique et du Proche-Orient, à traquer en permanence les travailleurs immigrés et les jeunes issus de l’immigration[2], à stigmatiser les travailleurs musulmans ou censés l’être, à faire montre d’une indifférence criminelle envers les personnes, y compris des enfants, qui se noient en Méditerranée, à criminaliser les organisations humanitaires qui secourent les sans-papiers survivants tant bien que mal sur notre sol, à renforcer l’État policier (que ce soit sous la houlette de Sarkozy, de Valls ou de Collomb), à créer un climat propice aux idées et aux comportements racistes, violents et liberticides de l’extrême droite, à stimuler la croissance de toutes sortes de groupes néofascistes ou néonazis. Ces derniers prolifèrent en Europe sur fond de criminalisation des partis communistes des ex-pays socialistes, de diabolisation de l’URSS et de toute l’histoire révolutionnaire française, européenne et mondiale, de calomnies ignobles contre la Résistance communiste, de collusion des autorités de Bruxelles avec des gouvernements ouvertement nostalgiques de Hitler, du Régent Horthy (Hongrie), de Mgr Tiso (Croatie), de Mussolini, de Franco ou du régime des colonels grecs. En conséquence, toute tolérance à l’égard de tels comportements odieux serait indigne de communistes et, plus généralement, d’humanistes et d’antifascistes n’ayant pas oublié les torrents de sang versés par le fascisme au 20ème siècle. Le PRCF, dans lequel militent d’éminents Résistants FTPF et FTP-MOI, s’honore de n’avoir jamais toléré dans ses rangs la moindre complaisance envers le racisme[3]. La présence au parlement d’un député frontiste (devenu « philippiste ») qui fut longtemps membre d’un secrétariat départemental du PCF devrait être pour tous un signal suffisant quant à ce danger de néo-doriotisation d’une frange gravement dérivante du mouvement ouvrier.

Bien entendu, les communistes doivent stigmatiser et combattre ces discours et ces comportements inhumains qui conduisent à diviser les travailleurs, à conforter l’Etat policier, à banaliser l’extrême droite, à radicaliser la droite classique et à la mettre en situation de conquérir le pouvoir comme elle l’a fait dans d’autres pays européens. La ligne principale des communistes et des syndicalistes de classe doit rester celle-ci : il n’y a en France qu’une classe ouvrière affrontant le capital, toutes « origines » confondues, dans le cadre d’une République une, laïque, indivisible, fraternelle et souveraine s’affranchissant de tous les traités supranationaux et néolibéraux, mais aussi de toutes les alliances impérialistes (UE, CETA, FMI, OMC, OTAN…).

Il faut aussi que sortent urgemment du déni certains secteurs du mouvement progressiste qui hésitent encore (alors que des néonazis ou que des néo-mussoliniens affichés occupent déjà des ministères régaliens à Vienne ou à Rome, et que l’UE « démocratique » vient de sommer A. Tsipras de prohiber la grève en Grèce[4] !) à parler, comme le PRCF y insiste depuis des années, d’une fascisation (de moins en moins rampante…) de l’UE sous la houlette de l’impérialisme allemand de plus en plus décomplexé[5].

Il convient également combattre à boulets rouges le néocolonialisme de la Françafrique, et cela d’autant plus vigoureusement que l’impérialisme français, bien qu’en déclin historique (ce qui le rend d’autant plus agressif !), surexploite l’Afrique à l’aide de traités inégaux et néolibéraux tout en détruisant la nation française qu’il relègue en tous domaines dans le rôle d’appendice de l’Europe atlantique[6].

Cette lutte intransigeante contre la paire maléfique indissociable que composent le racisme et le néocolonialisme impose aussi de militer pour la décolonisation effective des DOM-TOM, étant entendu que ce n’est pas aux communistes et aux progressistes de la métropole de décider en lieu et place des populations laborieuses et des communistes desdits territoires de la forme, indépendantiste ou pas, que doit revêtir cette décolonisation.

Enfin cela implique de refuser en permanence l’amalgame entre islam et terrorisme : tout en combattant sans ménagement l’islamisme radical et son terreau salafiste, les communistes et les progressistes doivent rappeler que les Etats impérialistes occidentaux, y compris leurs chefs de file comme Sarkozy, Fabius et Cie (qui ont semé le chaos en Syrie, en Libye ou au Mali…), sont les principaux fourriers du terrorisme ; sans oublier l’Arabie saoudite, le Qatar ou Israël que Macron et Cie ne cessent de courtiser et d’armer alors que ces États prédateurs martyrisent les peuples yéménite et palestinien. Ce n’est pas avec l’impérialisme (français, américain, européen, etc.) qu’il faut combattre l’horreur du fanatisme islamique ou autre[7], c’est contre l’impérialisme et ses créatures qu’il faut mener ce combat. Pour cela, il ne suffit pas de traquer sans faiblesse les fanatiques qui frappent des foules innocentes sur notre sol, il faut dénoncer les guerres déjà menées en Libye, Irak, Syrie ainsi que les guerres dévastatrices qui se préparent sous l’égide de l’OTAN contre les peuples russe, iranien, nord-coréen, sans parler de ces crimes politico-économiques de masse que sont les blocus, « sanctions », ingérences et autres embargos impérialistes visant différents peuples, notamment en Palestine, en Iran ou en Amérique latine.

2 – Défendre les travailleurs contre le moins-disant social, contre la concurrence exacerbée du chacun contre tous impulsée par les politiques néolibérales et par leurs soutiens objectifs libéral-libertaires

Mais une position de classe prolétarienne et indépendante de tous les courants bourgeois n’en doit pas moins dénoncer les positions néolibérales, supranationalistes (et non pas « internationalistes » !) et « libéral-libertaires ». Celles-ci arguent d’un prétendu droit individualiste pour chacun de s’installer ou bon lui semble indépendamment des lois et des possibilités d’accueil de l’éventuel pays-hôte pour nier l’existence d’États souverains (c’est à quoi mène inévitablement le slogan anglais No Borders et l’idéologie non prolétarienne du sans-frontiérisme[8]), pour exacerber et mondialiser la concurrence entre prolétaires sur le « marché du travail » au mépris du droit de chacun à vivre et à travailler au pays. Il s’agit aussi pour le grand capital d’affaiblir la résistance des travailleurs en les dressant les uns contre les autres grâce à la promotion du communautarisme,  de réduire partout les salaires, les protections sociales et l’accès au logement social, de décourager les jeunes des pays du Sud agressés de défendre leur pays autant que faire se peut, de piller les peuples opprimés en accaparant, sans bourse délier, leurs élites diplômées, polyglottes et qualifiées. Bref, ne laissons pas travestir en « humanitarisme » la vampirisation des pays du « Sud » et la surexploitation des travailleurs du « Nord » par l’oligarchie des États prédateurs du Nord aidés par la bourgeoisie compradore du « Sud ». Sans parler des innombrables vautours de la nouvelle traite négrière et des méprisables marchands de sommeil qui pullulent dans les banlieues pauvres et dont les taudis insalubres brûlent périodiquement à Aubervilliers et ailleurs sans que jamais l’« État républicain » bourgeois mette un point final à ces horreurs !

Des communistes, des marxistes, des progressistes doivent à ce sujet faire clairement la différence entre le devoir de défendre des actions humanitaires hautement respectables qui consistent à aider les personnes vivant dans la misère ou subissant des persécutions quelles qu’elles soient, et un positionnement politique suspect appelant hypocritement à « accueillir tous ceux qui le souhaitent ». Ne soyons pas dupes de ce faux « angélisme » qui sert de couverture à l’ « Angelisme » merkelien dont le but totalement cynique est de :

  • précipiter la fin des nations européennes souveraines, accélérer le passage au « saut fédéral européen » souhaité par Merkel/Macron (en réalité, à un Empire euro-atlantique, qui est provisoirement biaisé, mais non pas brisé par D. Trump),
  • mettre en réalité l’accueil des migrants au compte des travailleurs du pays d’accueil (y compris des travailleurs immigrés !) déjà précarisés et paupérisés tout en exemptant de fait les « beaux quartiers » de tout devoir de solidarité,
  • briser aussi les résistances des travailleurs, et notamment celles des travailleurs allemands qui font souvent grève pour les salaires et qui refusent la casse de l’ « État social » qu’avait dû mettre en place la RFA capitaliste pour faire pièce au « filet social » inégalable (plein emploi, logement quasi-gratuit, soins et enseignement entièrement gratuits, vacances pour tous…) instauré par la RDA socialiste.

Il faut en outre rappeler que le slogan « je m’installe où je veux quand je veux » est très suspect d’un point de vue communiste. D’abord parce qu’il travestit grossièrement la réalité des flux migratoires : les migrants qui quittent par centaines de mille un pays en proie à la guerre civile sous influence, au blocus impérialiste, à la misère résultant du sous-développement néocolonial, aux désastres environnementaux induits par la course au profit capitaliste, ne partent pas « volontairement » et ne posent pas ce faisant un acte individuel souverain commandé par on ne sait quel « libre-arbitre » inaliénable : ils sont en réalité chassés de chez eux par la nécessité de faire survivre leur famille*. Ô combien préfèreraient-ils rester parmi les leurs, continuer à parler leur langue maternelle, en un mot à « vivre et à travailler au pays », si tout cela était encore possible pour eux dans des conditions décentes. En réalité, à l’arrière-plan de ces migrations massives, de ces peuples déchirés et déracinés, de ces travailleurs et de ces enfants jetés sur les routes et sur les mers, il y a le trio infernal que forment l’UE de Maastricht, le pillage néocolonial et les guerres/ingérences impérialistes qui ravagent nombre de pays proche-orientaux et africains, tout cela alimentant une spirale de guerres civiles et de catastrophes écologiques. L’UE que définissent les traités européens, c’est en effet l’« économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée », c’est la circulaire scélérate sur le travail détaché, c’est la déstabilisation fascisante de l’Ukraine, où des millions de travailleurs fuient leur pays ruiné et fascisé pour accepter n’importe où n’importe quel emploi payé à n’importe quel tarif. Mais l’UE, c’est aussi les « quatre libertés fondamentales » de Maastricht qui font de l’Europe actuelle un carcan irréformable : la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des hommes est en réalité, comme le « renard libre dans le poulailler libre » (Marx), un carcan réactionnaire destiné à broyer toutes les garanties sociales, tous les services publics, toutes les productions nationales et locales, à favoriser les délocalisations et les mises en concurrence, non pas entre les monopoles capitalistes qui font la pluie et le beau temps à Bruxelles, mais entre les salariés, entre les paysans, entre les artisans, entre les PME réduites à sous-traiter au plus bas coût possible les marchés publics préemptés par les grands groupes, etc. C’est pour cela que la « liberté de circulation » dans le cadre capitaliste ne peut être que synonyme de surexploitation et de marchandisation des immigrés au profit d’un patronat ravi de profiter d’une main-d’œuvre à très bas coût[9]. Ajoutons que l’inavouable politique linguistique euro-atlantique du « tout-globish » ne vise nullement à élargir les horizons de chacun, mais à dé-segmenter le marché du travail (et celui des « biens culturels ») à l’échelle transcontinentale pour accroître sans limite la concurrence entre les travailleurs postulant, où que ce soit, à un emploi. Ne laissons donc plus le beau mot d’internationalisme être dévoyé pour justifier des pratiques entièrement tournées contre la diversité des cultures, contre la liberté des peuples et contre tous les travailleurs du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest !

Il est en outre inapproprié de comparer systématiquement les migrations actuelles, qui sont socio-politiquement fort hétérogènes, aux « replis stratégiques » opérés dans les années 1930 par les combattants antifascistes allemands, italiens, espagnols et portugais qui durent fuir le fascisme après l’avoir durement combattu et qui participèrent, pour beaucoup, à la Résistance patriotique antinazie dans les rangs des FTP-MOI mis en place par le PCF clandestin. Toute personne persécutée par le fascisme, par l’impérialisme ou par le fanatisme religieux doit, bien entendu, trouver inconditionnellement asile en France si elle le demande. Mais, sauf à faire preuve d’une irresponsabilité politique extrême, qui finirait par ouvrir partout, y compris à Berlin et à Paris, les portes du pouvoir aux racistes avérés et aux néo-fascistes, toute immigration économique ne peut être reçue dans un pays qui compte cinq millions de chômeurs réels (les immigrés comptant d’ailleurs parmi les premières victimes de ce chômage massif), neuf millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, où des ghettos de la misère et de l’exclusion abondent déjà à l’entour des métropoles et où il y a déjà trois millions de mal-logés. Régler cette question ne peut consister à “accueillir” purement et simplement (dans les conditions actuelles qui plus est ?!) tous les réfugiés économiques, ce qui, dans la logique sans-frontièriste, aboutirait à terme à la destruction conjointe des pays d’accueil et des pays de départ. La solution ne peut être que dans la mise hors d’état de nuire des politiques capitalistes-impérialistes qui mettent le monde à feu et à sang. La meilleure solidarité de classe avec les peuples opprimées est donc la changement de société dans les pays impérialistes et non la facilitation des tendances morbides du capitalisme à bout de souffle.

De plus la future France Franchement Insoumise (FFI) au grand capital que nous voulons promouvoir n’aurait pas l’on ne sait quel « devoir » d’accueillir systématiquement les éléments anticommunistes, réactionnaires, pro-impérialistes ou carrément fanatiques qui fuient leurs pays respectifs, notamment la Syrie, la Libye ou l’Irak, après avoir vainement tenté de les ramener sous tutelle impérialiste. Au contraire, si les peuples syrien, libyen, irakien, ukrainien, etc. parvenaient à chasser les impérialistes et les Cinquièmes Colonnes à leur solde dans chaque pays concerné, nous devrions lutter ici pour que « nos » États impérialistes et leurs sociétés transnationales, qui ont organisé la casse de nations entières, aident fortement à la reconstruction sans « gaver » au passage les Bouygues, Vinci, Lafarge, Dassault et autre Lagardère ; de même que ce serait un devoir pour les ingénieurs, les professeurs, les médecins, les techniciens, les ouvriers qualifiés qui, ayant fui la guerre civile en Syrie et n’ayant pas refait leur vie chez nous, que de rentrer au pays natal pour aider à le reconstruire, quitte à s’y battre localement, avec notre soutien, pour le progrès social, la paix, la souveraineté, la démocratie et le socialisme.

C’est pourquoi sur les questions migratoires les communistes, les syndicalistes de classe et les vrais progressistes doivent combattre l’extrême droite xénophobe et ses suiveurs (présents dans tous les partis de l’arc bourgeois et social-démocrate, d’Hortefeu à Collomb en passant par Valls) sans pour autant cautionner le sans-frontiérisme néolibéral et pseudo-libertaire qui sert de flanc-garde « de gauche » au néolibéralisme euro-atlantique et au MEDEF[10]. Combattre le nationalisme xénophobe tout en dénonçant le sans-frontiérisme patronal est également indispensable pour éventer la manœuvre de Macron qui veut rabattre les citoyens sur les élections supranationales de 2019 en écartant les enjeux de classe et de souveraineté pour mettre en scène l’opposition piégée entre « nationalistes » et prétendus « progressistes » maastrichtiens.

Dans ces conditions, le secrétariat national du PRCF déclare qu’il faut :

  • Abolir les lois anti-immigrés maintenues et aggravées par les gouvernements successifs depuis Pasqua ;
  • Régulariser les travailleurs immigrés présents sur notre sol car tel est l’intérêt bien compris de tous les travailleurs de France (un sans papiers est une proie facile pour la surexploitation et pour la casse des salaires de tous). Pour cela, il faut renforcer les moyens de l’inspection du travail et des agents du Trésor public.
  • frapper durement les réseaux d’immigration clandestine et le patronat qui les commandite et qui emploie de la main-d’œuvre sans papiers pour ne pas avoir à payer des salaires décents ;
  • Favoriser l’accès à la nationalité française pour les travailleurs immigrés implantés en France qui souhaitent devenir français et développer des mesures d’intégration citoyenne[11];
  • Permettre partout la scolarisation et l’accès aux soins pour les migrants, garantir enfin les droits des mineurs réfugiés, combattre la droite poujadiste qui ressasse que « les migrants n’ont pas cotisé» mais qui oublie que symétriquement, leur formation dans le pays d’origine n’a rien coûté à l’État français et au patronat, lequel doit être mis à contribution pour financer la formation et l’insertion des nouveaux arrivants ;
  • Combattre à boulets rouges l’extrême droite, le racisme et la xénophobie d’État, sans manifester la moindre faiblesse pour le fanatisme religieux et pour le communautarisme antirépublicain, qu’il se réclame de l’islam, du christianisme ou du judaïsme ;
  • Augmenter les salaires, rétablir une protection sociale et un logement social de haut niveau pour réduire la compétition qui met aux prises sur le terrain social les migrants et les travailleurs français ou étrangers déjà installés en France
  • Abroger la circulaire sur le travail détaché (dans le cadre de la marche vers la sortie de l’UE/euro) et obligation pour tous les patrons d’embaucher aux conditions françaises (SMIG, cotisations sociales, grilles salariales, temps de travail…) et sur la base du principe « À travail égal, salaire égal ».

Tout cela dans le cadre d’une stratégie révolutionnaire de sortie de la France de l’euro-UE-OTAN, et de marche vers le socialisme dans lequel, comme toutes choses, les échanges internationaux de main-d’œuvre seront planifiés, où l’accueil des travailleurs étrangers sera dûment préparé et financé aux frais des classes dominantes et où le produire en France agricole, industriel et artisanal sera relancé par l’interdiction des délocalisations, par la dé-privatisation des banques et de l’industrie et par la relocalisation d’un maximum de productions socialement utiles.

  • Réguler l’entrée en France d’une autre « immigration » que l’on ne pointe jamais et qui, pourtant, colonise des territoires entiers de la République : celle des friqués de toute l’Europe du Nord qui, à la faveur du tout-anglais européen et mondial (voir les emplois réservés aux English Mother Tongue qui excluent illégalement les francophones des places de cadre dans certaines grandes entreprises !), achètent des quartiers entiers des grandes villes, font grimper les prix et contribuent ainsi à chasser les ouvriers, les employés et les paysans, français ou immigrés, de leur habitat habituel.
  • Créer les conditions d’un possible droit au retour pour les immigrés désireux de retourner dans le pays d’origine, ce qui nécessite une coopération internationale pour réunir ces conditions.

Pour cela et de façon complémentaire, il est nécessaire de…

  • sortir de Schengen, rétablir sans complexe une régulation aux frontières pour les marchandises, les services, les capitaux et, bien évidemment aussi, la main-d’œuvre
  • en finir avec la politique germano-européenne qui traite les ex-pays socialistes, jadis détenteurs d’une industrie, d’une création culturelle, d’une science et d’une agriculture nationales, comme des réservoirs de main-d’œuvre bon marché servant à détruire l’emploi à l’Est et à comprimer les salaires à l’Ouest. Dans une future Europe socialiste, les industries polonaise, roumaine, bulgare, etc. seront reconstruites et la relocalisation intelligente d’un maximum de productions, accompagnée de coopérations régulées et fraternelles d’État à État, servira aussi à diminuer le fret routier international, premier pourvoyeur européen de gaz à effets de serre
  • combattre vigoureusement les guerres impérialistes et les ingérences déstabilisatrices qui ont ruiné des États entiers, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali, Ukraine…
  • aider à la reconstruction des pays détruits (après avoir nationalisé les grandes entreprises françaises du bâtiment, de l’armement et les banques) en proposant aux migrants de fraîche date de retourner chez eux pour aider à la reconstruction comme le firent naguère, à l’appel du PC polonais, nombre de mineurs polonais travaillant en France et qui rentrèrent construire la Pologne populaire après 1945.
  • relancer fortement le « produire en France » (donc, pour ce faire, rétablir un fort secteur public industriel et bancaire) qui donnera du travail en France aux milliers de techniciens, d’ingénieurs, d’ouvriers qualifiés et de jeunes scientifiques français qui, chaque année, sont amenés sans l’avoir souhaité, à quitter la France pour travailler à l’étranger, notamment dans les pays anglo-saxons, ce qui signifie une perte sèche pour l’État qui a peu ou prou financé leur formation, notamment au moyen des classes préparatoires et des Grandes Ecoles ;
  • réduire au minimum les formalités administratives pour les étudiants francophones d’Afrique et d’ailleurs qui veulent étudier en France et en français, ce qui ne peut être que servir la coopération amicale entre nos pays, le rayonnement international de notre langue commune et le développement économique de l’Afrique.

Il reste que, pour harmoniser les relations entre les peuples, il faut affronter et vaincre le capitalisme-impérialisme et tous ses instruments politiques, économiques et militaires (UE, OMC, FMI, CETA, OTAN…), donc relancer décisivement la marche au socialisme-communisme. Car par sa logique même, le capitalisme génère à la fois les délocalisations et la xénophobie d’État, la déstructuration des nations libres et l’instrumentation des migrations de masse. Souvenons-nous à ce propos de ce que déclarait Jean Jaurès, combattant et martyr s’il en fut de la lutte contre l’impérialisme, y compris de la lutte contre l’impérialisme français :

Jaures

“Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est le plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main d’œuvre française contre la main d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère”
Jean Jaurès discours “pour un socialisme douanier” le 17 février 1894


[1] Djordje Kuzmanovic, de la France insoumise, ou Gilles Questiaux, de Réveil communiste

[2] Ce qui conduit certains policiers à une chasse au faciès objectivement raciste qui empoisonne la vie de nombre de compatriotes au teint plus sombre que la moyenne…

[3] Il va de soi que toute organisation se réclamant du communisme doit publiquement demander des comptes à ceux qui auraient appelé à voter Le Pen au second tour de la présidentielle sous prétexte de « barrer la route à Macron ».

[4] Il a, bien entendu, obtempéré !

[5] Quatre-vingt-dix nostalgiques avérés du Reich siègent désormais au Bundestag sous l’étiquette de l’Alternativ für Deutschland.

[6] Cf la casse du produire en France, le dénigrement de l’héritage « jacobin », la fédéralisation à l’allemande de l’ex-République indivisible, l’éradication des conquêtes sociales et des services publics mis en place en 1936 et en 1945, la violation permanente par Sarkozy, Valls, Macron, etc. de la séparation laïque de l’État et des religions, la substitution galopante du tout-anglais à la langue française et l’abandon de l’Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F.) aux influences… anglophones, etc.

[7] N’oublions pas les massacres régulièrement perpétrés par l’extrême droite « chrétienne », de l’attentat du Paris-Strasbourg à l’affaire Andres Brevik en Norvège, le terrorisme d’État israélien contre la jeunesse de Gaza ou les tueries provoquées par des illuminés surarmés dans les écoles étasuniennes…

[8] Les idéologues « sans-frontiéristes » finissent toujours par expliquer que l’arrivée de migrants qualifiés, polyglottes, jeunes et n’ayant rien coûté est une « chance » pour les pays destinataires. Un « argument » qui peut réjouir le MEDEF mais qui ne devrait pas enthousiasmer les défenseurs des travailleurs et des pays dominés par l’impérialisme !

[9] Le Medef se range au sans-frontiérisme intégral dans son manifeste Besoin d’aire publié en mars 2012…

[10] Lequel, par la voix de F. Parisot, n’a cessé d’exiger une libéralisation absolue de la circulation de la main-d’œuvre, un « droit » absolu de délocaliser les usines, c’est-à-dire de dresser partout les prolétaires les uns contre les autres.

[11] Maîtrise du français, des institutions et de l’histoire de France, formation professionnelle, enseignement des principales langues de l’immigration dans le cadre laïque de l’Éducation nationale, vote des immigrés aux élections locales.


*Il ne s’agit ici des personnes, notamment des jeunes qui veulent « voir du pays » ; leurs droits doivent être consolidés dans un cadre institutionnel dont ne traite pas ce texte.

Par pole de renaissance communiste en France : Lien de l’article

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